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mercredi 24 octobre 2012

Ambiances

Qu'on me pardonne le tour peu archéologique de ce qui va suivre... c'est pour poser l'ambiance d'Ambrussum : c'est... 

... l'odeur de l'usine Canigou, selon le sens du vent. 
L'odeur de la pluie sur la terre quand il faut tout rentrer en catastrophe devant l'orage.
L'odeur (pas très agréable, celle-ci) du détergent pour nettoyer les tables et le sol de la cantine.

... le goût de la pause : saucisson et chocolat premiers prix mais meilleurs qu'ailleurs à cause du travail, avec le pain de la boulangerie où on va acheter aussi, de temps en temps, le dimanche, des fougasses aux gratelons divines. Et le drame quand des distraits ont oublié de mettre le saucisson dans les glaciaires...
Le goût des steaks à la russe (qui n'existent peut-être qu'ici), la bonne rouille des dimanches, et les salades pamplemousse - courgette crue (une autre découverte ambrussumienne, en tout cas pour moi). Les pâtes incessantes d'un été où la cuisine avait été fort monotone, sans doute des cafouillages dans les menus (oh, un gratin de pâtes ! et une salade de pâtes !). Mais non, Véro, je critique pas, ça fait de bons souvenirs à la fin...
Le goût de la confiture de fraises et d'abricots au petit-déjeuner. Et parfois les croissants (décidément, les fouilles, c'est bien, mais les dimanches, c'est encore mieux).
La fondue au chocolat d'un repas de fin de stage un peu orgiaque.
Le goût de la terre et des pastèques de la pause de l'après-midi — plus rare mais encore plus précieuse que celle du matin.
Le goût de la poussière lors des grands nettoyages au dépôt, quand il faut un chiffon pour se protéger des particules accumulées par les semaines de stage et que de toute façon on sort éternuer en courant. 

... le glouglou du café mis en route par les deux de service, dans le dépôt encore ensommeillé.
La musique, quand on reste au dépôt pour trier les céramiques, la radio à pleins haut-parleurs.
Le cri primal de dix heures : Pauuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuse ! confié parfois comme une précieuse tâche, et alors on regarde sa montre avec fièvre, et de toute façon on se fait moquer parce qu'on ne sait pas crier assez fort.
Le bruit de la pluie sur l'Algeco (avec en prime l'odeur de la sueur du matin de tous les fouilleurs rassemblés dans l'abri).
Le bruit de la truelle qui change de strate.
Le bruit de la pioche qui a heurté un seuil.
Les inénarrables CD de Bertrand, qu'on écoute dans sa voiture en allant au chantier ou sur le retour. Et dans un autre style mais un peu plus récentes, les musiques de Jéjé... 
L'accent pour dire "Ambrussomme", mais au fait, dit-on "Ambroussoume" ou "Ambroussomme" ?
Le bruit, à l'heure sacrée de la sieste, des adolescents en scooter — lorsqu'ils ne sont pas en train de squatter le mur de la place.
Je pense qu'il doit y avoir aussi les cigales, mais j'avoue que je ne suis plus sûre.

... les ampoules plein les mains, qui s'endurcissent et finissent par partir. Le poids des jerricans pour arroser le bidime en fin de matinée, et contribuer aux ampoules.
Le contact rafraîchissant et surprenant des vers de terre, parfois lancés au visage de ceux (surtout celles) qui ne les supportent particulièrement pas. Les boulettes de terre qui passent joyeusement par-dessus les limites de secteur avec les vers et mettent un peu de désordre dans ce monde de minutie.
Le mélange terre et crème solaire en début d'après-midi lorsqu'on se tartine à tour de rôle. Une couche de crème, une couche de sueur, une couche de terre, une couche de sueur, une couche de crème, une couche de terre... et le soir la douche bienvenue (même quand elle est froide).
La baignade qui remplace parfois (ou complète) la sieste de midi à quatre, et le plaisir de se décrasser un peu dans l'eau du Vidourle. 

... l'éblouissement de la chaleur même sous le bob. 
Les tee-shirts orangés et verts de Mathilde (qui en a une telle collection qu'elle en prête volontiers quand il y en a besoin). 
Les nuances des strates (gris cendreux, gris très cendreux, gris rouge, tu vois, là c'est plus foncé, et là c'est limoneux, si, tu vois, là il y a un peu plus de noir). Les nuances de coups de soleil (rouge vif, rose pâle, zébré, rayé...).
Le nettoyage minutieux de la calade, pour une photo qui en met plein la vue. Et l'installation de l'échelle, qui sert parfois de tente contre le soleil, moyennant un peu de bidime.
Les belles visites du dimanche avec lever aux aurores organisées par Michiel un peu partout dans la campagne alentour. Et les visites à l'horaire de départ plus honnête en direction d'Arles, de Villevieille, et que sais-je encore... 
La tektonik de la pioche pour une fête votive mémorable.
Les films foireux qu'on va voir au multiplexe (j'ai un grand souvenir du Roi Arthur : "ils m'ont torturée... avec des instruments..." première réplique, ou presque, du film. Ben oui, on s'en doutait en même temps) en mangeant du pop-corn, mais qu'est-ce que c'est bon de faire les gosses (et de faire les kékés en voiture avec fenêtres ouvertes et musique à fond...).

C'est aussi le Mazet et son protecteur, Saint Canard, à qui un culte secret est rendu à l'heure du café et autour de temples en parpaings. Mais chut, Renaud, l'esprit du Mazet, veille, et je ne peux pas en dire plus.

1 commentaire:

  1. A ben ça, Julie, on s'y croirait! Bon, je vois que pour ce qui est des pâtes, j'ai un peu manqué d'imagination : je n'ai pas pensé aux pâtes à l'eau avec rien dedans! Ce sera mon regret éternel!
    En même temps, sur une mission archéologique au Maroc, on nous a fait le coup : coucous, puis gâteau de semoule!

    Je poste ce soir le récit d'un autre grand évènement de la vie Ambrussumoise : à ne pas rater, surtout,

    Bises à tous,

    Véronique

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